Les crus du Beaujolais sont dix appellations d'origine contrôlée réservées à des vins rouges de gamay : Saint-Amour, Juliénas, Chénas, Moulin-à-Vent, Fleurie, Chiroubles, Morgon, Régnié, Brouilly et Côte de Brouilly. Sous eux se placent l'AOC Beaujolais et sa mention Villages.
Un vignoble entre les monts du Beaujolais et la Saône
Le Beaujolais occupe une bande de coteaux orientée nord-sud, entre le sud du Mâconnais et les abords de Lyon. Les communes de l'aire de production appartiennent à deux départements : le Rhône pour l'essentiel et la Saône-et-Loire pour une dizaine de communes du nord, dont Saint-Amour-Bellevue, Chânes ou Romanèche-Thorins. À l'ouest, les monts du Beaujolais ferment l'horizon ; à l'est, la vallée de la Saône offre un relief plat où la vigne laisse place aux cultures.
Souvent associé à la Bourgogne voisine, le vignoble possède pourtant ses propres appellations et son propre cépage. Chez le voisin, comme le montre le guide des cépages de la Bourgogne, le gamay ne joue qu'un rôle secondaire, alors qu'il domine tout le Beaujolais.
Gamay noir à jus blanc : le cépage qui définit la région
Le cahier des charges de l'AOC Beaujolais désigne le gamay N comme cépage principal des vins rouges et rosés. L'expression « noir à jus blanc » décrit sa particularité : la peau est sombre, mais la pulpe et le jus sont incolores. Toute la couleur du vin vient donc de la macération des peaux, ce qui permet d'en tirer aussi bien un rosé pâle qu'un rouge soutenu selon la durée de contact.
Le texte admet quelques cépages accessoires pour les rouges et les rosés de l'AOC régionale : aligoté, chardonnay, melon, pinot gris et pinot noir, plantés uniquement en mélange dans les vignes et limités à 15 % de chaque parcelle. Deux gamays dits teinturiers, le gamay de Bouze et le gamay de Chaudenay, dont le jus est coloré, ne peuvent dépasser 10 % de l'encépagement. Les vins blancs, plus rares, sont issus du seul chardonnay.
Dans les crus, le cadre est encore plus serré. Le cahier des charges de Fleurie, par exemple, réserve l'appellation aux vins rouges tranquilles, avec le gamay N comme cépage principal et une conduite traditionnelle en gobelet, taillée court à coursons, pour maîtriser la vigueur de la plante.
Beaujolais, beaujolais supérieur, beaujolais villages
L'AOC Beaujolais couvre des vins tranquilles blancs, rosés et rouges. Son nom peut être complété de plusieurs façons, chacune liée à des conditions de production propres :
- « supérieur », pour des rouges répondant à des conditions de production propres ;
- « Villages », pour des vins récoltés et vinifiés sur une liste fermée de communes, situées surtout dans la moitié nord ;
- le nom d'une commune, quand les raisins en proviennent exclusivement ;
- « primeur » ou « nouveau », pour des rosés et des rouges commercialisés dans les mois qui suivent la vendange.
Une règle évite la confusion avec les crus : les communes qui donnent déjà leur nom à un cru, comme Fleurie, Juliénas ou Chiroubles, ne peuvent pas apparaître sous la forme « Beaujolais » suivi du nom de la commune. Un vin de ces villages qui ne revendique pas le cru se présente alors en beaujolais villages.
Les dix crus, du nord au sud
Chaque cru possède son propre cahier des charges, son aire délimitée à la parcelle et son nom sur l'étiquette, sans obligation d'y faire figurer le mot « Beaujolais ». Ils sont tous situés dans la moitié nord du vignoble. Énumérés du nord vers le sud :
- Saint-Amour, sur la commune de Saint-Amour-Bellevue, en Saône-et-Loire ;
- Juliénas ;
- Chénas ;
- Moulin-à-Vent, qui tire son nom d'un moulin et non d'une commune ;
- Fleurie ;
- Chiroubles ;
- Morgon, sur la commune de Villié-Morgon ;
- Régnié, reconnu en cru en 1988, le dernier arrivé selon l'INAO ;
- Brouilly, autour du mont Brouilly ;
- Côte de Brouilly, limité aux pentes du mont lui-même.
Ces noms désignent des lieux, pas des niveaux de qualité les uns par rapport aux autres. Aucun texte officiel ne classe un cru au-dessus d'un autre.
Granite au nord, terrains sédimentaires au sud
La frontière entre crus et AOC régionale suit en grande partie la géologie. Le nord repose sur des roches cristallines : le cahier des charges de Fleurie décrit un substrat de granite rose, appelé « granite de Fleurie », qui se décompose en arène granitique, un sable grossier pauvre et filtrant. Ces sols limitent la vigueur du gamay et donnent des rendements modérés. La fiche INAO de Régnié mentionne, elle, des sols à dominante sableuse.
Le sud de l'aire, vers Villefranche-sur-Saône, présente des terrains plus variés, où argiles et calcaires prennent le relais. Les vins y sont le plus souvent revendiqués en AOC Beaujolais, sans mention Villages.
Raisins entiers et macération : la méthode du vignoble
Le cahier des charges impose que les vins revendiquant la mention Villages, un nom de commune ou la mention primeur proviennent de raisins récoltés entiers. Cette exigence s'explique par la vinification la plus répandue dans la région : la macération semi-carbonique. Les grappes non foulées sont placées en cuve ; une partie des baies fermente à l'intérieur même du grain, sous l'effet du gaz carbonique qui sature la cuve, avant le pressurage et la fin de la fermentation.
Cette technique extrait peu de tanins et favorise des arômes de fruits rouges. Elle n'est pas obligatoire : certains crus sont vinifiés de façon plus classique, après éraflage, avec des macérations longues. Les deux approches, ainsi que le rôle du remontage, sont détaillées dans le guide de la vinification en rouge.
Le beaujolais primeur, en quelques lignes
Le primeur n'est qu'une mention parmi d'autres, mais c'est la plus encadrée dans le calendrier. Il est obligatoirement millésimé et issu de raisins de l'année. Les vins ne peuvent circuler entre entrepositaires agréés qu'à partir du trente-huitième jour précédant le troisième jeudi de novembre de l'année de récolte, date qui sert de repère à leur mise en marché.
Sur l'étiquette d'un beaujolais
- Le nom seul d'un cru (Morgon, Fleurie...) signale un vin rouge de gamay issu de cette aire.
- « Beaujolais Villages » ou « Beaujolais » suivi d'une commune : vin d'une commune de la liste, non revendiqué en cru.
- « Beaujolais » seul : AOC régionale, en blanc, rosé ou rouge.
- « Primeur » ou « nouveau » : vin de l'année, toujours millésimé.
- Le titre alcoométrique figure en % vol., comme pour tout vin.
Pour replacer ces mentions parmi les autres informations obligatoires, le guide pour lire une étiquette et choisir un vin reprend chaque ligne de la contre-étiquette. Les autres régions sont présentées dans la rubrique appellations et vignobles.
Trois questions sur les crus du Beaujolais
- Un cru du Beaujolais peut-il être blanc ?
- Non pour les cahiers des charges consultés : Fleurie est réservé aux rouges tranquilles et Régnié est présenté par l'INAO comme un vin rouge. Les blancs de la région, issus du chardonnay, sont vendus en AOC Beaujolais ou Beaujolais Villages.
- Pourquoi le mot « Beaujolais » est-il absent de certaines bouteilles ?
- Les crus sont des appellations à part entière. Leur nom suffit à identifier l'origine, et le cahier des charges ne demande pas d'y ajouter celui de la région. C'est la même logique que pour les villages réputés d'autres vignobles.
- Le gamay est-il cultivé ailleurs ?
- Oui, en Bourgogne, dans la Loire ou en Savoie, mais souvent en complément d'autres cépages. Le Beaujolais est la seule région française où il constitue l'essentiel du vignoble et donne son identité aux appellations.
Sources : cahier des charges de l'AOC Beaujolais (INAO), cahier des charges de l'AOC Fleurie (INAO), fiche produit Régnié (INAO).














