Contenu principal
Comment est fait un vin rouge, du raisin égrappé au vin de presse

Comment est fait un vin rouge, du raisin égrappé au vin de presse

La vinification en rouge laisse le jus du raisin noir fermenter avec ses peaux et ses pépins : cette macération, de quelques jours à plusieurs semaines, fait passer dans le vin sa couleur, ses tanins et une bonne part de ses arômes pendant la fermentation alcoolique.

Le fil des étapes : tri et égrappage, encuvage du moût, fermentation alcoolique avec macération des peaux, travail du chapeau de marc, écoulage et pressurage, fermentation malolactique, élevage, assemblage, mise en bouteille.

Trois réglages font le style du vin rouge : la durée de cuvaison, la température de la cuve et la vigueur des brassages.

Raisins à pellicule noire : où se logent pigments et tanins

Les raisins à pellicule noire ont presque tous une pulpe incolore : pressé aussitôt, un pinot noir donne un jus blanc, base de nombreux champagnes. Les pigments rouges, les anthocyanes, se logent dans la pellicule ; les tanins viennent de la pellicule, des pépins et, quand la rafle est conservée, des tiges. Ces composés quittent les parties solides à des vitesses différentes : les anthocyanes dès le début de la cuvaison, les tanins plus lentement, d'autant plus vite que l'alcool apparaît et les dissout. Une cuvaison courte donne un rouge léger et souple ; une cuvaison longue, un vin plus coloré et plus charpenté.

Le cépage fixe le potentiel de départ. Le pinot noir, à peau fine, offre moins de matière colorante que la syrah ou le cabernet sauvignon, à peau épaisse. La maturité compte autant : des pépins encore verts libèrent une astringence dure, des pépins bruns et croquants une structure plus fondue. Les rares cépages teinturiers, comme l'alicante bouschet, font exception avec une pulpe déjà rouge. Arrêtée au bout de quelques heures, cette extraction sert à l'élaboration d'un rosé, par saignée ou par pressurage direct des grappes.

De la vendange à la cuve de fermentation

Les raisins rouges arrivent au chai triés, à la vigne ou sur une table de tri qui écarte les baies pourries, vertes ou abîmées. La vendange passe ensuite le plus souvent dans un érafloir, qui sépare les grains de la rafle. Garder une proportion de grappes entières reste un choix de style, courant en Bourgogne ou dans le nord de la vallée du Rhône : la rafle apporte de la fraîcheur et de la structure, mais aussi des notes végétales si elle n'est pas mûre. Un léger foulage peut ensuite éclater les grains pour libérer le jus, sans écraser les pépins.

L'encuvage remplit la cuve de fermentation d'un mélange de jus, de pulpe, de pellicules et de pépins : le moût. Le chai y ajoute en général une dose de dioxyde de soufre, qui protège de l'oxydation et freine les micro-organismes indésirables. Certains vinificateurs pratiquent alors une macération préfermentaire à froid, sur une courte période, pour extraire des arômes fruités et des pigments en phase liquide, avant que l'éthanol n'apparaisse et ne change la nature de l'extraction.

Comment se déroule la fermentation alcoolique d'un vin rouge ?

La fermentation alcoolique d'un vin rouge transforme le glucose et le fructose du moût en éthanol, sous l'action des levures, indigènes ou sélectionnées. Elle dégage de la chaleur et du gaz carbonique. Pour un rouge, la température idéale se situe plus haut que pour un blanc, autour de 25 à 30 °C, parce que la chaleur favorise l'extraction ; trop haut, les levures souffrent et la cuve risque un arrêt de fermentation. Les cuves modernes portent pour cela un système de régulation thermique, drapeau plongé dans le moût ou double paroi.

La phase active dure en général d'une à deux semaines selon la richesse du moût et la température. Le vinificateur suit chaque matin la densité, qui baisse à mesure que la matière sucrée devient éthanol, et la chaleur de chaque cuve. La cuvaison peut se prolonger au-delà : une macération post-fermentaire à chaud, de quelques jours à trois semaines, affine la structure des vins destinés à vieillir.

Le chapeau de marc, et trois gestes pour le travailler

Le chapeau de marc se forme dès que la fermentation démarre : le gaz carbonique pousse les parties solides vers le haut de la cuve, où ils forment une couche compacte qui flotte sur le jus. Laissé à lui-même, ce chapeau sèche, chauffe et peut tourner au vinaigre, tandis que le jus en dessous n'extrait plus rien. Trois gestes le remettent en contact avec le liquide ; le tableau compare leurs effets.

GesteComment il se faitEffet sur le vin
RemontageLe jus est pompé au bas de la cuve et arrosé sur le marcExtraction douce, aération des levures
PigeageLe marc est enfoncé dans le jus, à la main, au pied ou à l'aide d'un vérinExtraction énergique, fréquente en cuve ouverte et sur le pinot noir
DélestageLa cuve est vidée de son jus, le marc se tasse au fond, puis le jus est reversé d'un coupExtraction forte, retrait possible d'une fraction des pépins

La fréquence et la vigueur de ces gestes font la signature d'un chai. Un pigeage intense au début ne libère pas les mêmes composés qu'un remontage doux au terme de la cuvaison, quand l'alcool dissout plus facilement les tanins des pépins. Certaines caves remplacent ces gestes par des cuves rotatives, ou maintiennent le chapeau immergé sous une grille.

Écoulage et pressurage : vin de goutte, vin de presse

L'écoulage intervient quand la dégustation juge la macération suffisante : le vin qui s'écoule librement de la cuve est le vin de goutte, qui forme le plus gros du volume. Restent les marcs gorgés de vin, qui passent au pressoir et donnent le vin de presse, plus concentré, plus foncé et parfois plus rustique. Les deux sont en général logés à part. Le vinificateur dose ensuite la proportion de presse qu'il réintègre, selon la structure recherchée. Les marcs pressés partent souvent à la distillerie, qui en tire de l'alcool ou une eau-de-vie de marc.

Fermentation malolactique, puis élevage du vin rouge

La fermentation malolactique, presque toujours recherchée pour les rouges, suit la fermentation alcoolique. Des bactéries lactiques, surtout Oenococcus oeni, transforment l'acide malique, au goût vert de pomme, en acide lactique, plus doux, avec un dégagement de gaz carbonique. Le vin perd de l'acidité, gagne en rondeur et en stabilité microbiologique. Cette seconde fermentation demande un vin tiédi, autour de 18 à 20 °C, et s'étale sur quelques semaines ou quelques mois.

Vient l'élevage, en cuve inox, en béton, en amphore ou en barrique. Le bois apporte une oxygénation lente et, s'il est neuf, des notes vanillées ou toastées ; l'apport du fût de chêne varie avec son âge, sa chauffe et la durée du séjour. Pendant ces mois, des soutirages successifs séparent le vin clair des lies déposées au fond. L'acide tartrique peut précipiter en cristaux au froid, d'où une stabilisation avant l'assemblage final, qui réunit cépages, parcelles ou cuves, puis la mise en bouteille, avec ou sans collage et filtration.

Rouge de soif ou vin de garde : ce que décide la cuvaison

Un rouge de soif, fruité et peu astringent, naît d'une cuvaison courte, de quelques jours à une semaine, avec des brassages doux et une température modérée. Les gamays de primeur, beaucoup de rouges de Loire et certains vins de pays suivent ce chemin : ils se boivent jeunes, souvent un peu rafraîchis. Le vinificateur cherche alors le fruit plutôt que la charpente, et limite le contact avec les pépins.

Un vin de garde demande l'inverse : une vendange bien mûre, une cuvaison de deux à quatre semaines, des remontages ou pigeages soutenus, parfois une macération post-fermentaire, puis un élevage long. Les grands crus du Médoc ou de la vallée du Rhône relèvent de ce type de vin, dont les tanins serrés s'assouplissent en bouteille pendant des années. Entre ces deux pôles, chaque domaine place son curseur selon son millésime, son cépage et le style de sa maison.

Vinification en rouge et vinification en blanc, deux ordres inverses

La vinification en blanc presse le raisin dès son arrivée et ne fait fermenter que le jus clarifié, à basse température, autour de 16 à 20 °C, pour garder des arômes frais. La vinification en rouge suit l'ordre inverse : elle fait fermenter le raisin foulé, peaux et pépins compris, plus chaud, et ne presse qu'après l'écoulage. Le pressoir intervient donc au début du processus de vinification pour le vin blanc, du pressoir à la mise en bouteille, et à son terme pour un rouge.

Cette inversion explique qu'un blanc puisse naître de raisins noirs, comme le blanc de noirs de Champagne, alors qu'un rouge ne peut pas naître de raisins blancs. La malolactique, quasi systématique pour les rouges, reste un choix pour les blancs : souvent bloquée sur les blancs vifs, elle est courante sur les chardonnays élevés sous bois.

La macération carbonique, une autre technique de vinification

La macération carbonique place les grappes entières, non foulées, dans une cuve saturée de gaz carbonique. Privés d'oxygène, les grains intacts fermentent de l'intérieur : leurs propres enzymes transforment une faible fraction de leurs sucres en alcool et dégradent une portion de l'acide malique. Les grains éclatent ensuite peu à peu ; le jus est pressé et la fermentation se termine sous l'action des levures. On obtient un rouge souple, peu tannique, aux arômes de fruits rouges marqués.

Le cahier des charges de l'AOC Beaujolais évoque l'habitude d'une vinification typiquement beaujolaise inspirée de la macération semi-carbonique : les grappes entières remplissent la cuve sans apport de gaz extérieur, le gaz venant de la fermentation du jus des grains écrasés au fond. Ce texte indique que les vins destinés à l'élevage reçoivent en général une cuvaison plus poussée que les vins primeurs.

Vin de presse, pépins et degré d'un rouge

Pourquoi un rouge titre-t-il souvent plus qu'un blanc de la même région ?

Les raisins destinés au rouge sont souvent récoltés plus mûrs, pour obtenir des pépins et des tanins mûrs, donc plus riches en matière fermentescible. Le degré d'alcool affiché sur l'étiquette découle de cette richesse initiale. Il s'agit d'une tendance, pas d'une règle absolue.

Un rouge peut-il être fait sans pépins ?

Les pépins restent dans la cuve puisqu'ils se trouvent dans les grains ; seule la rafle peut être retirée. Le vinificateur limite leur effet en évitant les écrasements violents et les cuvaisons trop chaudes en fin de cuvaison.

Le vin de presse est-il de moindre qualité ?

Le vin de presse n'est pas forcément inférieur : plus concentré, il renforce en petite proportion un vin de goutte trop léger. Tout dépend de la douceur du pressurage et de l'état des marcs.

Les vins blancs, rosés et effervescents suivent d'autres chemins, décrits avec la fabrication des vins, de la vigne au verre.

Sources : cahier des charges de l'AOC Beaujolais (INAO), présentation du lien à l'origine et pratiques œnologiques ; règlement délégué de la Commission européenne relatif aux pratiques œnologiques (annexe I).

Publication : 29 septembre 2026 - Actualisé le 2 novembre 2026

▲