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Comment le brasseur transforme l'orge en bière, étape par étape

Comment le brasseur transforme l'orge en bière, étape par étape

Quatre ingrédients suffisent à la fabrication de la bière : l'eau, le malt d'orge, le houblon et la levure. Le brassage, première étape, tire du grain un moût sucré en une journée, puis la fermentation et la garde changent ces sucres en alcool et en gaz carbonique en deux à six semaines.

Le processus de fabrication suit toujours le même ordre : maltage du grain, concassage, empâtage, filtration, ébullition avec le houblon, refroidissement, fermentation, maturation, conditionnement.

Trois réglages font la personnalité d'une bière : la température de l'empâtage (corps et teneur en alcool), la souche de levure (fermentation haute ou basse) et le moment du houblonnage.

Ce que la loi française appelle une bière

La bière, en droit français, est une boisson obtenue par fermentation alcoolique d'un moût préparé à partir de malt de céréales, de houblon (ou de ses extraits amers) et d'eau potable, selon le décret n° 92-307 du 31 mars 1992. Le texte admet aussi des matières premières issues de céréales et des sucres alimentaires, à une condition : le malt doit représenter au moins la moitié du poids des matières amylacées ou sucrées mises en œuvre. L'extrait sec du moût primitif doit atteindre au moins 2 % de son poids.

D'autres ingrédients peuvent entrer dans la recette, comme des épices, des écorces d'agrumes, du miel ou des plantes, d'après les fiches de la direction générale des entreprises. Une boisson qui ne respecte pas ces critères ne peut pas porter le nom de bière et doit être vendue sous une dénomination descriptive. Les styles qui en découlent, de la blonde légère à la stout noire, sont présentés dans la rubrique qui déroule le brassage de chaque style.

Les ingrédients et leur rôle dans le goût

Chaque ingrédient de la bière joue un rôle précis, et le brasseur ajuste leur proportion pour obtenir la bière voulue. L'eau donne le volume, le malt fournit les sucres et la couleur, la plante amérisante apporte l'équilibre, le ferment crée l'alcool et une partie des arômes.

IngrédientFonction dans le brassinEffet sur le produit final
Eauplus de 90 % du volume, milieu de travail des enzymessa minéralisation durcit ou adoucit la sensation amère
Malt d'orgeréserve d'amidon et d'enzymescouleur, corps, notes de pain, de biscuit ou de café
Autres céréalesblé, avoine, seigle, maïs ou riz, maltés ou crustrouble des blanches, texture soyeuse, corps plus léger
Houblonacides alpha et huiles essentiellesamertume, parfum floral, résineux ou d'agrumes, conservation
Levurefermente le moût en alcool et en dioxyde de carboneesters fruités, épices, netteté d'une pils

Le malt de base, très pâle, porte l'essentiel de l'extrait fermentescible : il forme souvent 80 à 100 % de la recette d'une blonde. Les malts spéciaux, caramel ou torréfiés, s'ajoutent en petite part pour la couleur et le goût. Les variétés de houblon se comptent par centaines ; une même recette change de caractère selon qu'elle reçoit une variété européenne aux notes herbacées ou une variété américaine aux notes d'agrumes.

Le maltage, l'étape qui précède la brasserie

Le maltage transforme le grain d'orge en malt et se déroule le plus souvent dans une malterie distincte de la brasserie. L'orge est d'abord trempée pendant un à deux jours, puis mise à germer quelques jours. La germination réveille les enzymes du grain, capables de découper ses réserves de glucides en sucres simples. Le grain humide et germé s'appelle alors malt vert.

Le malt vert passe ensuite au touraillage : un séchage à l'air chaud qui stoppe la germination. La fin du séchage, le coup de feu, monte la température pour fixer la couleur et les arômes. Un touraillage doux donne un malt pâle, base des bières blondes ; un séchage plus chaud et plus long donne des notes de biscuit et de caramel, et la torréfaction produit les malts noirs des brunes et des stouts. Ce lien entre le séchage du malt et la couleur dans le verre explique qu'une ambrée et une blonde puissent partir de la même orge. Les radicelles sont enfin retirées, et le malt se conserve plusieurs mois au sec.

Les étapes du brassage dans la salle de brassage

Le brassage proprement dit tient en une journée et se déroule dans la salle de brassage, entre la cuve de brassage, la cuve de filtration et la chaudière. Le tableau détaille chaque étape avec ses repères habituels de température et de durée, qui varient d'une recette à l'autre.

ÉtapeCe qui se passeRepère courant
Concassagele malt est broyé, l'enveloppe reste entière pour servir de filtremouture grossière
Empâtagele malt concassé infuse dans l'eau chaude, les enzymes découpent l'amidonpaliers entre 62 et 72 °C, une heure environ
Filtrationle moût est séparé des drêches, puis rincé à chaudrinçage vers 75 à 78 °C
Ébullitionle moût bout, reçoit ses cônes amers, se stérilise et se concentre60 à 90 minutes
Whirlpoolun tourbillon rassemble au fond de la cuve les protéines et les débris végétauxrepos de 15 à 30 minutes
Refroidissementle moût est ramené à la température de fermentation et aéréle plus vite possible, pour limiter les contaminations

L'empâtage est l'étape où le brasseur décide du corps de la bière. Les bêta-amylases, actives vers 62 à 65 °C, produisent surtout du maltose, très fermentescible ; les alpha-amylases, plus actives vers 70 à 72 °C, coupent les chaînes de glucides en fragments plus longs qui restent non fermentés. Un palier bas donne une bière sèche et un taux d'alcool plus élevé à quantité de malt égale ; un palier haut donne une bière plus ronde. Le test à l'iode, qui vire au bleu tant que la conversion n'est pas achevée, sert de contrôle. Le réglage inverse, un palier très haut qui laisse peu de sucres fermentescibles, est l'une des voies pour brasser une bière sans alcool ou presque.

Pendant l'ébullition, le moût perd une partie de son volume, se stérilise et coagule ses protéines, ce qui prépare une bière plus limpide. Le houblon ajouté au début libère son amertume ; celui ajouté dans les dernières minutes conserve ses arômes volatils.

La fermentation alcoolique, du moût à la bière jeune

La fermentation alcoolique commence quand le moût refroidi reçoit sa levure dans la cuve de fermentation. Pendant les premières heures, les cellules consomment l'oxygène dissous pour se multiplier ; elles passent ensuite à la transformation des sucres en alcool et en gaz carbonique, en produisant au passage des esters et des composés aromatiques. Cette phase dure de quelques jours à deux semaines selon la souche et la température.

La souche de levure fixe la famille de la bière. Les levures de fermentation haute travaillent vers 15 à 24 °C et donnent des ales aux arômes fruités, dont la pale ale anglaise. La fermentation basse se déroule au frais, vers 8 à 12 °C, et donne des lagers plus nettes comme la pils. Une troisième voie, la fermentation spontanée des lambics, laisse agir les levures et les bactéries de l'air ou des fûts. Les écarts de goût entre fermentation haute, basse ou spontanée tiennent à ces températures et aux sous-produits de chaque souche.

La maîtrise de la température reste le point le plus délicat. Une fermentation trop chaude produit des alcools lourds et des notes de solvant ; trop froide, elle ralentit et laisse une bière trop douce. Les brasseries équipent leurs cuves d'un système de double enveloppe où circule un liquide de refroidissement.

Maturation à froid, filtration et mise en bouteille

La garde est la phase où la bière jeune repose au froid, de une à plusieurs semaines, parfois plusieurs mois pour une lager traditionnelle. Les levures se déposent au fond de la cuve, certains composés indésirables comme le diacétyle (goût de beurre) se résorbent, et le dioxyde de carbone se dissout dans le liquide. Le goût s'arrondit.

Le conditionnement suit deux voies. La bière filtrée, parfois pasteurisée, est mise en fût, en canette ou en bouteille sous pression de gaz carbonique : c'est le cas de la plupart des bières servies à la pression au comptoir. La bière refermentée reçoit au contraire un peu de sucre et de levure au moment de la mise en bouteille ; le gaz se forme dans le contenant et laisse un léger dépôt. Cette méthode reste la règle pour beaucoup de bières d'abbaye et pour les trappistes, dont Tynt Meadow, brassée depuis 2018 par l'abbaye anglaise de Mount Saint Bernard. Le statut de ces brasseries monastiques fait la différence entre trappiste et bière d'abbaye.

La filtration n'est pas un critère de qualité. Une bière non filtrée conserve ses levures en suspension par choix ; seul un trouble apparu dans une bière normalement limpide signale un défaut.

La pasteurisation, un chauffage bref vers 60 à 70 °C, stabilise la bière pour un long transport : une grande brasserie la pratique souvent avant l'export, quand beaucoup de brasseries artisanales s'en passent et misent sur la chaîne du froid. La drêche, résidu humide du grain filtré, part le plus souvent en alimentation animale.

Le rôle du houblon et de la composition de l'eau

Le houblon donne son amertume à la bière grâce à ses acides alpha, qui deviennent solubles seulement après une ébullition prolongée. Ses huiles essentielles, volatiles, s'évaporent au contraire si elles bouillent longtemps : les brasseurs ajoutent donc une partie des cônes en fin d'ébullition, voire pendant la fermentation (houblonnage à cru). Le houblon frais, cueilli et utilisé dans les heures qui suivent la récolte, sert à quelques brassins saisonniers. Le détail des acides et des huiles se lit dans l'article sur le houblon et son amertume.

La composition de l'eau a façonné les styles régionaux. L'eau très douce de Plzeň a permis la première pils dorée en 1842 ; l'eau de Burton-on-Trent, riche en sulfate de calcium, accentue la sécheresse des pale ales anglaises. Les brasseurs corrigent aujourd'hui leur liquide de brassage en ajoutant ou en retirant des sels minéraux, ce qui permet de brasser n'importe quel style n'importe où.

Calculer le taux d'alcool à partir de la densité

Le taux d'alcool d'une bière se calcule à partir de deux mesures au densimètre : la densité du moût avant fermentation et celle de la bière à la fin. Les extraits dissous alourdissent le liquide ; à mesure que la levure les change en alcool, plus léger que l'eau, la densité baisse. La formule employée par les amateurs multiplie la différence des deux densités par 131,25.

Prenons un exemple : un moût mesuré à 1,050 qui finit à 1,010 donne (1,050 - 1,010) x 131,25, soit une teneur en alcool d'environ 5,2 % vol. Un palier de brassage plus chaud, qui laisse la bière finir à 1,016, ramène le résultat vers 4,5 % vol. avec le même malt. Mesurer la densité à chaque étape de la fermentation montre aussi quand elle s'arrête. Ce calcul reste une estimation : seule une analyse en laboratoire donne le titre alcoométrique exact que la brasserie doit inscrire sur l'étiquette.

Brasser chez soi : extrait de malt ou tout grain

Pour fabriquer sa bière chez soi, la fabrication de la bière maison passe par deux méthodes. Avec l'extrait de malt, un sirop ou une poudre déjà issus de la saccharification, l'amateur dissout l'extrait dans l'eau, le fait bouillir avec les cônes choisis et passe directement à la fermentation : le matériel se limite à une marmite, un fermenteur et un densimètre. Le brassage « tout grain » reprend toutes les étapes d'une brasserie artisanale à petite échelle, mélange du malt à l'eau chaude et filtration compris, et laisse choisir chaque malt. Un conseil répandu chez les amateurs consiste à utiliser un kit de type extrait pour un premier brassin, puis à passer au tout grain.

L'hygiène est la règle la plus nécessaire : tout ce qui touche le moût après l'ébullition doit être désinfecté, car une bactérie installée avant la levure gâche le brassin. La dose de sucre de refermentation demande aussi de la précision ; un excès fait monter la pression jusqu'à faire éclater les bouteilles. La consommation personnelle d'une bière brassée chez soi est libre ; la vendre impose de déclarer l'activité auprès des douanes, comme toute production d'alcool.

Grain, temps de brassage, étiquette : quatre doutes sur la bière

Pourquoi faut-il malter l'orge avant de brasser ?

Le grain d'orge cru contient des réserves de glucides mais pas assez d'enzymes actives pour les transformer en sucres. La germination développe ces enzymes ; sans maltage, la levure n'aurait presque rien à fermenter.

Combien de temps dure la fabrication d'une bière ?

Le brassage tient en une journée. La fermentation et la garde ajoutent de deux à six semaines pour la plupart des bières, davantage pour une lager de longue garde ou une bière refermentée en bouteille.

D'où vient la mousse de la bière ?

La mousse naît du gaz carbonique dissous, produit par la levure ou ajouté au conditionnement, et des protéines du malt qui stabilisent les bulles. Un verre mal rincé, qui garde des traces de graisse, la fait retomber.

Que mentionne obligatoirement l'étiquette d'une bière ?

La dénomination encadrée par le décret, le titre alcoométrique volumique acquis, la quantité nette, la date de durabilité minimale, le nom de l'exploitant et les allergènes, dont le gluten de l'orge ou du blé. Au-dessus de 1,2 % vol., la liste des ingrédients n'est pas obligatoire. Toute publicité pour une bière porte en outre la mention « L'abus d'alcool est dangereux pour la santé », prévue par la loi Évin.

Sources : décret n° 92-307 du 31 mars 1992 relatif aux bières (Légifrance), fiche « bières » de la direction générale des entreprises, fiche sur l'étiquetage des bières de la DREETS Occitanie, règlement (UE) n° 1169/2011 concernant l'information des consommateurs sur les denrées alimentaires, article L3323-4 du code de la santé publique.

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