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Comment se fabrique une bière sans alcool, et ce que dit le droit

Comment se fabrique une bière sans alcool, et ce que dit le droit

En France, la dénomination « bière sans alcool » est réservée à une bière dont le titre alcoométrique acquis ne dépasse pas 1,2 % vol., obtenue par désalcoolisation ou par une fermentation seulement amorcée. Les deux voies donnent des goûts différents.

La règle française : le décret relatif aux bières

Le décret n° 92-307 du 31 mars 1992, qui encadre les dénominations des bières, définit la bière sans alcool par deux conditions. Le titre alcoométrique acquis doit être inférieur ou égal à 1,2 % vol., et ce faible titre doit résulter soit d'une désalcoolisation, soit d'un début de fermentation. Une boisson fabriquée autrement, par exemple un moût aromatisé jamais fermenté, ne peut pas porter ce nom.

Le même texte fixe le même plafond de 1,2 % vol. pour le panaché, qui est un mélange de bière et de boisson gazeuse aromatisée sans alcool. Il n'existe en revanche aucune dénomination réglementaire « bière à faible teneur en alcool » ou « bière légère » en France : au-dessus de 1,2 % vol., le produit est une bière, quel que soit son degré. Dans l'Union, une boisson qui dépasse ce seuil ne peut porter, parmi les allégations nutritionnelles, que celles qui portent sur une faible teneur en alcool ou sur la réduction de sa teneur en alcool ou en énergie.

MentionTitre alcoométriqueCondition
Bière sans alcool1,2 % vol. au plusDésalcoolisation ou fermentation seulement amorcée
Panaché1,2 % vol. au plusMélange de bière et de boisson gazeuse aromatisée sans alcool
BièreAu-delà de 1,2 % vol., sans plafondMalt de céréales pour au moins la moitié des matières amylacées ou sucrées
« 0,0 % » ou « 0,0 % vol. »Pas de seuil propre dans le décretInformation qui doit rester exacte et non trompeuse

Une bière vendue en France sous la dénomination « sans alcool » peut donc contenir un peu d'alcool. Beaucoup de produits affichent un chiffre bien plus bas, voire « 0,0 % », mais c'est un choix du fabricant et non une catégorie distincte du droit français.

Première voie : limiter la formation d'alcool

La méthode la plus ancienne consiste à empêcher la levure de produire beaucoup d'alcool. Plusieurs leviers existent, souvent combinés.

Un moût peu fermentescible

À l'empâtage, une température élevée favorise l'enzyme qui produit des sucres longs, non fermentescibles, au détriment de celle qui libère le maltose. Le moût garde du corps et de la douceur mais offre peu de sucre à la levure. Le brasseur peut aussi diluer davantage le moût ou réduire la quantité de malt.

Une fermentation arrêtée ou confiée à des levures particulières

La fermentation peut être stoppée tôt en refroidissant brutalement la bière puis en retirant la levure. Une autre option emploie des souches ou des espèces de levures qui ne consomment pas le maltose, principal sucre du moût : elles fermentent les sucres simples et s'arrêtent d'elles-mêmes. Ces bières gardent souvent un goût de moût, sucré et céréalier, que le brasseur équilibre par le houblon et l'acidité.

Seconde voie : retirer l'alcool d'une bière terminée

La désalcoolisation part d'une bière brassée et fermentée normalement, puis en extrait l'éthanol. Deux familles de procédés dominent.

  • Évaporation sous vide : en abaissant la pression, on fait bouillir l'alcool à une température modérée, ce qui limite la cuisson de la bière. Une colonne ou un évaporateur à couche mince sépare l'alcool ; les arômes volatils partis avec lui peuvent être récupérés et réincorporés.
  • Séparation par membranes : l'osmose inverse ou la dialyse font passer l'eau et l'alcool à travers une membrane fine qui retient les molécules plus grosses. L'alcool est ensuite retiré du perméat, et l'eau rendue à la bière.

Après traitement, la bière a perdu son gaz : elle est recarbonatée avant le conditionnement. Certains brasseurs assemblent une petite part de bière non désalcoolisée, en restant sous le seuil, pour rendre de la rondeur. La même logique de séparation s'applique au vin, comme le détaille la page sur le vin désalcoolisé.

Ce que le retrait de l'alcool change au goût

L'éthanol n'est pas neutre. Il donne une impression de chaleur et de volume en bouche, renforce la perception du sucré et porte une partie des arômes vers le nez. Quand il disparaît, la bière paraît plus mince, plus amère et moins aromatique. Les esters fruités, très volatils, souffrent particulièrement de l'évaporation.

Pour compenser, les brasseurs jouent sur les malts spéciaux, qui donnent du corps et de la couleur, et sur le houblonnage à cru, qui apporte des arômes après la désalcoolisation. Le choix de la levure compte aussi, puisqu'elle produit l'essentiel des arômes de fermentation décrits dans la page sur la fermentation haute, basse et spontanée. Le rapport entre sucre, levure et degré est le même que pour le vin, expliqué dans le guide sur le degré d'alcool du vin.

Sur l'étiquette d'une bière sans alcool

  • La dénomination « bière sans alcool », réservée aux produits qui respectent le décret.
  • La liste des ingrédients et la déclaration nutritionnelle, obligatoires : la dispense qui vaut pour les boissons de plus de 1,2 % vol. ne s'applique pas ici.
  • Les céréales contenant du gluten, signalées comme allergènes.
  • Une date de durabilité minimale et, le cas échéant, des conditions de conservation.
  • Le titre alcoométrique, qui n'est obligatoire qu'au-dessus de 1,2 % vol., mais que la plupart des fabricants indiquent.

Une bière plus fragile à conserver

Une bière classique se protège en partie grâce à son alcool, à son pH et au houblon. La bière sans alcool garde souvent des sucres résiduels et perd l'effet protecteur de l'éthanol : levures et bactéries peuvent s'y développer si elles y entrent. Les brasseurs pasteurisent donc la plupart de ces bières ou les filtrent de façon stérile, et soignent l'hygiène du conditionnement.

Une fois la bouteille ou la canette ouverte, le produit s'altère plus vite qu'une bière alcoolisée. La date de durabilité minimale indique jusqu'à quand le fabricant garantit ses qualités dans l'emballage fermé. Les étapes communes à toutes les bières, du maltage à la mise en bouteille, sont détaillées dans le guide sur la fabrication de la bière et la rubrique bières.

Sources : décret n° 92-307 du 31 mars 1992 relatif aux bières, version consolidée (Légifrance), règlement (UE) concernant l'information des consommateurs sur les denrées alimentaires, dit INCO, articles 9 et 16 (EUR-Lex), règlement (CE) n° 1924/2006 sur les allégations nutritionnelles, article 4 (EUR-Lex), fiche de la DREETS sur l'étiquetage des bières.

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